MAUNG ZARNI, ACTIVISTE BIRMAN : «CE QUE NOUS FAISONS SUBIR AUX ROHINGYA EST UN GÉNOCIDE» | With English Translation

 

 

LeMuslimPost : Vous venez d’une famille birmane bouddhiste. Parlez-nous de votre enfance, de votre formation en Birmanie…

 

Dr Maung Zarni : J’ai passé toute ma jeunesse, de 1963 à 1988, dans la dernière capitale du royaume birman, Mandalay. Cette ville d’un demi-million d’habitants était marquée par la diversité, tant ethnique que religieuse, du fait de sa position géographique : Mandalay était le point de convergence des routes commerciales de Thaïlande, de Chine et d’Inde. Même si la ville était enclavée, c’était une mosaïque de de langues, de spécialités culinaires, de traditions religieuses ou vestimentaires… Malgré cette diversité de fait, l’idée d’une identité ethnique transmise par le sang était profondément ancrée dans la pensée dominante birmane. Et orientait les relations sociales. Notre famille ne faisait pas exception. Ma mère était professeur d’histoire et de littérature birmane au lycée : quand j’avais 8 ans, elle me donnait à lire des fictions intitulées « Sang ou L’Epée birmane ». De véritables romans nationaux.

« Être Birman, c’est être bouddhiste »

LeMuslimPost : Comment s’est instauré et développé ce système de hiérarchisation ethnique et religieuse en Birmanie ?

 

Dr Maung Zarni : Avec un recul de 50 ans maintenant, je peux dire que la conscience du petit garçon birman que j’étais à l’époque était imprégnée par une sorte de racisme doux. Bien sûr, nous avions des amis et des voisins musulmans, chrétiens ou d’origines chinoise ou indienne et nous nous entendions tous très bien. Mais à un niveau plus profond, nous ne les considérions tout simplement pas comme Birmans car ils n’étaient pas bouddhistes. Etre Birman, c’est être bouddhiste, voilà le cliché en vigueur. Et comme toute société fondée sur une supposée pureté « ethno-nationale », ceci n’est qu’un leurre : tout Birman s’estimant d’ascendance pure a de toutes façons des origines métissées. Mais cette suprématie auto-déclarée par les Birmans bouddhistes avait déjà pris une autre dimension avec l’arrivée des colons britanniques en 1886, qui a renforcé la séparation entre « nous » et « eux » – Britanniques, Européens, Chinois, Indiens,… D’autant plus fortement que le système colonialiste nous avait relégués, les Birmans bouddhistes, au bas de l’échelle sociale. Depuis, nous nous sommes drapés et braqués dans une sorte de forteresse identitaire et les premières agressions de non-bouddhistes ont alors commencé. Ce qui n’était pas pour déplaire à la puissance coloniale, qui tira profit de cette stratégie classique du « diviser pour mieux régner ». Une stratégie reprise par les militaire birmans à l’indépendance du pays en 1962 : une société divisée est faible et beaucoup plus facile à contrôler. Ils ont commencé par expurger les postes clés de l’Armée occupés par des officiers « de sang mêlé » – chrétiens ou indiens. Une opération menée – ironie de l’histoire – par des militaires à moitié chinois…

« L’ethnonationalisme est au cœur de l’Etat birman »

LeMuslimPost : La situation ne semble pas s’arranger avec l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix…

 

Dr Maung Zarni : Loin de là. Aung San Suu Kyi a elle aussi adopté cette position raciste et ethnocentrée : elle est la seule responsable de l’élimination, au sein de son propre parti aujourd’hui au pouvoir, des Birmans d’origine musulmane. Le NLD ne dispose ainsi d’aucun député musulman dans un pays où y vit une forte minorité. L’ethnonationalisme a été inscrit de force dans le système social par les dirigeants birmans, Avant Aung San Suu Kyi, le gouvernement dirigé par le général Thein Sein a fait adopter quatre lois ségrégationnistes dont une qui interdit le mariage des Bouddhistes en dehors de leur communauté religieuse. Aujourd’hui, c’est bien l’ethnonationalisme – et non les valeurs démocratiques ou humanistes – qui est devenu l’idéologie maîtresse de la politique et de la société birmanes.

 

LeMuslimPost : A titre personnel, comment s’est déroulée votre prise de conscience ? Y a-t-il eu des circonstances révélatrices ou bien votre combat s’est-il peu à peu imposé à vous ? 

 

Dr Maung Zarni : C’est en fait mon épouse britannique qui a déclenché cette prise de conscience. Elle était bénévole dans un camp de réfugiés de guerre le long de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, il y a de cela 15 ans. Elle vivait dans une ville appelée Mae Sot et est tombée sur des Bouddhistes activistes de l’Etat Rakhine (majoritairement peuplé de musulmans Rohingya, ndlr) qui lisaient et discutaient de « Mein Kampf », le livre d’Hitler. Rentrée au Royaume-Uni, elle a travaillé en tant que chercheur et s’est spécialisée dans la persécution des Rohingya. A partir de 2009, elle a commencé à me faire part de ses découvertes : des crimes indicibles que l’armée de mon pays commettait à l’encontre de la communauté rohingya. Jusqu’à ce moment-là, j’étais comme tout Birman moyen, le cerveau lavé par la propagande nationale. Je ne savais même pas qu’ils étaient aussi citoyens birmans et formaient l’une de nos minorités religieuses. J’ai alors personnellement entrepris des recherches et j’ai dû me rendre à l’évidence : ce que nous faisions subir aux Rohingya était la définition même du génocide. Je me demandais sans cesse comment je réagirais si mes filles étaient jetées dans les flammes par une armée puissante, si ma femme était violée par une bande organisée ou encore si ma vieille mère était tuée à bout portant, parce que dans ce pays, il existe une armée et des Birmans qui leur nient toute existence. Une prise de conscience particulièrement choquante et douloureuse pour le fier patriote que j’étais… J’avais consacré la moitié de ma vie à la défense des droits de l’Homme dans un pays que je chérissais. J’étais élevé dans une famille et par des parents patriotes et très nationalistes. Toute cette vision s’est effondrée comme un château de cartes. J’ai réalisé qu’en tant que société, opposition démocratique ou armée, nous étions devenus aussi barbares, fascistes et monstrueux que les Nazis.

« Ce que nous faisons subir aux Rohingya est un génocide »

LeMuslimPost : Comment peut-on expliquer que le principe ontologique de non-violence du bouddhisme se soit adapté – voire, ait contribué – à cette vague généralisée de violence et de haine. Comment y réagissez-vous ?

 

Dr Maung Zarni : Pour quelqu’un d’aussi profondément bouddhiste que moi dans la foi et dans la philosophie de vie, je ne peux être qu’immensément outré – les qualificatifs me manquent – que mes concitoyens qui se prétendent « moines » ou « bouddhistes » aient épousé les vues et les modes opératoires des fascistes. Les bouddhistes ne sont pas censés être dévorés par la colère ou par la haine. Mais c’est le cas. Il y aussi beaucoup d’ignorance sur ce qu’est l’Islam comme foi, et beaucoup de peur et de haine envers les musulmans comme communauté. Des exterminateurs comme Wirathu (moine bouddhiste leader du mouvement islamophobe en Birmanie, ndlr), originaire comme moi de Mandalay, devrait être traduit devant la Cour pénale internationale et incarcéré pour avoir appelé ouvertement à affamer les musulmans de Mandalay comme première étape de son entreprise d’éradication des musulmans de Birmanie.

 

LeMuslimPost : Le gouvernement birman a largement ignoré les résolutions de l’ONU de 2014 et de 2016 sur la question de la citoyenneté. Quelles sont les organisations internationales dédiées à la cause des Rohingya et quelles mesures sont-elles appelées à prendre ?

 

Dr Maung Zarni : La Burma Task Force USA – une coalition d’associations musulmanes nord-américaines – en est une. Il existe également un réseau mondial d’activistes Rohingya qui font un travail considérable d’information sur les crimes contre l’humanité perpétrés dans un pays verrouillé aux journalistes et aux chercheurs. Je pense au Conseil Européen-Rohingya, à l’Organisation nationale des Rohingya d’Arakan (autre nom de l’Etat Rakhine, ndlr), à l’Organisation des Birmans Rohingya au Royaume-Uni, au Rohingya Blogger, à Vision Rohingya, pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, il y a les centres de recherches internationaux et les ONG actives dans la défense des droits de l’Homme, comme Human Rights Watch, FortifyRights ou l’International State Crime Initiative à l’Université Queen Mary de Londres, qui ont propulsé la persécution des Rohingya au premier plan des préoccupations internationales. De même, les rapporteurs spéciaux de l’ONU sur la situation des droits de l’Homme en Birmanie au cours des dix dernières années ont été particulièrement décisifs dans la mobilisation des Nations Unies. Mais il reste encore beaucoup à faire. Tout d’abord, il faut faire admettre que la loi sur la citoyenneté de 1982 a été spécialement conçue à des fins génocidaires contre les Rohingya : il faut faire pression sur le gouvernement birman pour qu’il l’amende. Une loi semblable à celle de Nuremberg, par laquelle Hitler avait « dé-germanisé » les Juifs, les dépouillant de leurs droits les plus basiques. Il s’agit également de faire reconnaître par la communauté internationale (Etats et nations) que la persécution endurée par les Rohingya de la part de l’Etat birman – membre de l’ONU – est un génocide. Une coalition d’Etats membres de l’ONu devrait être montée – intégrant de grands pays musulmans (Malaisie, Arabie Saoudite, Turquie,…) et non-musulmans pour faire pression sur les autorités birmanes et notamment, sur Aung San Suu Kyi et sur le général Min Aung Hlaing, pour qu’ils mettent immédiatement fin à la répression. Il n’y a pas besoin de mobiliser le monde entier, seulement des pays influents capables d’exercer une pression multiforme – diplomatique, politique, culturelle et économique.

« Les Rohingya en Birmanie, ce sont les Juifs de l’Allemagne nazie »

LeMuslimPost : Justement, préconisez-vous le retour des sanctions économiques contre la Birmanie ?

 

Dr Maung Zarni : Oui, absolument. Durant dix ans, alors que Aung San Suu Kyi était en prison, j’ai contribué à une campagne internationale de boycott de la Birmanie. Puis j’ai changé d’avis : l’isolement et le boycott faisait davantage de tort à la population qu’aux généraux au pouvoir. Mais j’en suis arrivé à un point où je soutiendrais toute initiative – y compris une intervention militaire par un pays voisin, même si cela paraît aujourd’hui inconcevable – pour arrêter ce génocide. Cela fait près de 40 ans que ça dure.

 

LeMuslimPost : Dans quelle mesure l’influence croissante de la Chine dans la région – dont on sait par ailleurs qu’elle n’est pas tendre avec sa propre communauté musulmane ouïgoure – affecte-t-elle le traitement des Rohingya en Birmanie ?

 

Dr Maung Zarni : La Chine, comme l’Inde d’ailleurs, ne s’est en fait impliquée que récemment dans la persécution de la minorité Rohingya. Ces deux pays ont investi dans des territoires auparavant habités par les Rohingya pour y développer un port en eaux profondes et d’autres projets dans ce qui est devenu une « zone économique spéciale ». La volonté des militaires birmans de développer des partenariats et des échanges commerciaux avec les deux géants asiatiques s’est traduite par l’expulsion de 100 000 Rohingya de leurs logements et de leurs terres. Personnellement, je considère la Chine comme une puissance impérialiste, sans être compensée par une quelconque valeur humaniste : 5 000 ans de civilisation n’ont produit aucun éventail de valeurs à admirer ou de modèle à suivre. Le développement de la Chine se fait aux dépens du bien-être non seulement des musulmans mais de l’humanité entière. Regardez ce que la Chine – et dans une moindre mesure, l’Inde – font en Afrique, en Amérique centrale ou latine : spolier leurs ressources naturelles et détruire leur environnement. Je sais que ce n’est pas bon d’être trop direct ou trop honnête. L’émergence d’une puissance asiatique est aussi dommageable que celle des Européens qui, durant 500 ans, avaient commis des génocides en série à travers le monde. Et la Chine ne prétend même pas le faire au nom de valeurs humanistes. Les capitalistes d’Etat chinois ne sont mus que par leur avidité débridée sous couvert d’un discours vantant « l’harmonie et la politique de bon voisinage ». Si l’ancien homme Blanc était un tueur en série, la Chine est le nouveau cancer de la planète pour nous qui venons de pays anciennement colonisés.

 

LeMuslimPost : Les Rohingya sont-ils impliqués dans la politique birmane, aux niveaux local ou central et, le cas échéant, de quelle manière ?

 

Dr Maung Zarni : Les Rohingya n’ont aujourd’hui quasiment aucune implication politique en Birmanie, à quelque niveau que ce soit. Il y a un petit nombre d’activistes et une élite Rohingya qui tentent de rappeler leurs frères et leurs sœurs birmans à de meilleurs sentiments, à Rangoon, à Sittwe (capitale de l’Etat Rakhine, ndlr) ou parmi la diaspora. Des efforts déployés en vain car ils sont ostracisés comme l’ont été avant eux les Juifs allemands. Ils sont devenus les Juifs de Birmanie. Même à Aung San Suu Kyi ne viendrait l’idée de porter attention à ces représentants de la communauté musulmane – même pas à ceux qui l’ont soutenue et admirée depuis longtemps.

 

LeMuslimPost : Où va la Birmanie aujourd’hui, alors que ses relations se sont normalisées avec un Occident où des voix islamophobes et conservatrices se font entendre de plus en plus ?

 

Dr Maung Zarni : Je pense que Washington, Londres et Bruxelles (en tant que capitale de l’Union européenne) trouvent de plus en plus difficile de maintenir leur antienne sur « le modèle de transition démocratique » offert par la Birmanie et leur belle et vielle amie sortie d’Oxford qui se veut la « Mandela birmane ». Ils se rendent compte maintenant que leur favorite est une raciste islamophobe qui a dit textuellement à la télévision « coopérer totalement » avec l’armée birmane. La BBC a diffusé des analyses sans concession sur le rôle abject de « blanchisseuse de génocide » qu’Aung San Suu Kyi a endossé. Si les acteurs occidentaux veulent une normalisation complète des relations avec la Birmanie et donc, avec son armée, ils doivent soit mettre fin aux atrocités commises, soit tenter de couvrir par tous les moyens les voix qui s’élèvent contre ce génocide. Et en effet, on assiste à une montée des voix et des visages islamophobes ou fascistes, de Londres à Paris, en passant par Washington. Si ces personnes finissent par s’emparer du pouvoir comme Marine Le Pen en France, nous aurions un Conseil de Sécurité à l’ONU dont les cinq sièges permanents seraient occupés par des néo-totalitaires, des néo-fascistes ou des fascistes tout court… L’avenir est très sombre pour les Rohingya et les musulmans de manière générale…

Aung San Suu Kyi ? Une « blanchisseuse de génocide »

LeMuslimPost : La France devrait-elle jouer un rôle plus important en tant qu’ancienne puissance coloniale en Indochine, notamment sur le plan économique pour favoriser la prospérité de tous les citoyens birmans ?

 

Dr Maung Zarni : Tout d’abord, la France devrait cesser de promouvoir ce diplomate luxembourgeois soit-disant expert de l’Etat Rakhine, Jacques Leider. Il a proféré des âneries sur le fait que les Rohingya ne seraient pas un groupe ethnique et démolit toute argumentation sur l’existence d’un génocide. Leider est un raciste nuisible qui dissimule ses vues racistes sous un langage universitaire policé. Il a été promu par l’ambassade de France à Rangoon comme « la voix académique sensée » dans le concert des récriminations anti-génocide. D’un autre côté, la France semble vouloir encourager une gouvernance responsable et transparente en Birmanie, certainement en partie parce qu’y opère Total, sa multinationale milliardaire, depuis près de 20 ans…

 

LeMuslimPost : Vous prévoyez d’éditer en 2017 un ouvrage sur la question. Comment amenez-vous les étudiants en droits de l’Homme à s’intéresser à la cause Rohingya ?

 

Dr Maung Zarni : Je devais publier mon essai depuis quatre ans déjà mais j’ai donné la priorité à la recherche et à l’activisme. Heureusement, mes éditeurs du Yale University Press ont été compréhensifs. Je veux achever le manuscrit d’ici deux ou trois mois – que j’avais une fois de plus interrompu depuis la dernière vague de répression enclenchée le 9 octobre. J’ai vécu la moitié de ma vie dans le centre culturel et historique de la Birmanie et l’autre moitié – plus de 25 ans – comme activiste à l’échelle internationale. Ma famille a des racines ancrées dans le féodalisme traditionnel des palais ainsi que dans l’armée. Dans ce livre, j’associe ma connaissance intime de la politique dominante birmane et de son caractère destructif avec mes connaissances d’historien et de sociologue sur la politique, la société et l’économie birmanes. Un chapitre sera évidemment consacré au racisme et aux actes génocidaires que nous, « Bouddhistes » hypocrites et racistes, avons perpétrés à l’encontre de cette communauté musulmane. Je veux démonter les mensonges et les illusions centenaires sur lesquels s’est bâti notre racisme.

Retrouvez le combat et les initiatives du Dr Maung Zarni sur son blog : Zarni’s Blog.

Propos recueillis par Ahmed Medien et traduits par Sihem Bouzidi.

 

 

 

 

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English Translation

 

Le Muslims Post: I would like to revisit your childhood, education in
Burma. Could you describe instances of when/how Buddhist
"ethnonationalism" is embedded in Burma?

Today ethnonationalism – not Buddhism nor democratic or human rights
values - has become the organizing ideology of politics, military,
society and the Buddhist Order.

Between 1960's and 1988, I grew up in the last capital of Burmese
kingdom called Mandalay. Our city of half million inhabitants was
ethnically and religiously diverse because of its geographic location:
trading routes among Thailand, China and India all converge in
Mandalay: food, languages, traditions, costumes, religious practices,
etc were highly diverse, in spite of the fact that the city itself was
landlocked. Notwithstanding this diversity, the
idea of ethnic identity as based on BLOOD has been so deeply ingrained
in our mainstream Burmese thought. So, the taught notion of 'pure
blood' or 'half-blooded' governed our social relations. Our family was
no exception. My mother was a high school teacher of history and
Burmese literature. When I was about 8, my mother gave me a few
historical fictions entitled “Blood” “Burmese Sword”, etc. My earliest
memory of ethno-nationalist self-awareness based on “blood” came from
a couple of nationally acclaimed fictions based on history.

Looking back almost 50 years later, I would call the kind of
ethno-nationalism based on blood on which my own consciousness as a
Burmese boy developed as a mild strain of racism. Yes, we all had
friends and neighbours from Muslim or Christian backgrounds or Chinese
or Indian backgrounds, and we all got on well. But at a deeper mental
level, we didn’t really accept them as Burmese simply because they are
not Buddhist. The cliché is that to be Burmese is to be Buddhist. But
again local Chinese who ARE Buddhist we don’t view them as Burmese –
because their own ethnic identity and physical features – much fairer
skin than most “pure” Burmese – are too distinct. This purity of
ethno-national identity, I didn’t realize was a pure fiction. For
every mainstream or majority Burmese who perceives him or herself as
“pure” Bama or Burmese has mixed ancestry. But the Bama or Burmese are
the hegemonic identity by virtue of the fact that those who claim to
be “pure Burmese” control power, culture and society (if not economy
and wealth). So, however mixed our family background may be ethnically
we have a tendency to identify ourselves with the powerful group or
assume that dominant identity.

Historically, cultural, religious and ethnic diversity has been norm
in the country - then separate city states and kingdoms - for at least
1,000 years of recorded history. But in those feudal times, the local
Buddhist kings reigned supreme and had monopoly over power and wealth
creation. But when the British colonial rule for the whole country in
1886, diverse ethnic relations took on a new dimension: the Burmese
identity became far more insular, defensive and entrenched at the same
time vis-à-vis other identities considered alien – such British and
white European as well as Indian and Chinese. Because the colonial
society that emerged after the British conquest of Burma in Nov 1885
was ethnically layered: the British and other white Europeans at the
top and the Indian and Chinese commercial/trading and technical
classes in the middle, with the vast majority of Burmese Buddhists at
the bottom. That triggered in the majority Burmese society the
emergence of a very pronounced ethno-nationalist identity,
consciousness. Occasionally, this consciousness translated into bloody
attacks on primarily dark-skinned people with the Indian
sub-continental origin, irrespective of their Hindu or Muslim or
Christian background. The British, both the colonial administration
and commercial firms, also played on these newly emerging ethnic and
racial differences and prejudices in order to managed the anger and
frustration which they knew were brewing among the majority colonized
Burmese masses. A classic divide and rule.

And after independence, particularly the Burmese military continues to
use this old ‘divide and rule’: for a divided society is weak and
easier to control than well-integrated society. After its coup in 1962
– a year before I was born – the Burmese military institutionalized
anti-Indian and anti-Christian racism that was quite widespread in
society at large – albeit in a mild strain – and began to purge
quietly from key positions initially, any ‘half-blooded’, Christian or
Indian officers. This is the single most and first-ever solid instance
of ethno-nationalism in Burma: the army cleansing itself of anyone
considered “impure”-blooded Burmese. The great irony here is the men
who led this ethno-nationalised employment policy were themselves
half-Chinese – the likes of dictator general ne win (deceased), his
deputies such as the late general San Yu, etc. To date, Aung San Suu
Kyi has herself adopted that ethnonationalist, racist stance in terms
of her party: she is solely responsible for purging her now ruling
Party of any Burmese with Islamic background. The NLD party has not
even a single Muslim MP in the country where Muslims are at least 5%
of the total population. Finally, the previous government led by
ex-General Thein Sein enacted 4 national laws including the law
banning or making it impossible for Buddhists to marry anyone else –
from other faith backgrounds. So, today ethnonationalism – not
Buddhism nor democratic or human rights values - has become the
organizing ideology of politics and society.

Le Muslims Post: When was your epiphany moment?

It was my British wife who triggered this epiphany. She lived as a
young volunteer in a Karen war refugee camp along Thai-Burmese borders
about 15 years ago, and lived in a town called Mae Sot where she
chanced upon the fact that some Rakhine Buddhist activists who were
opposed to the military dictatorship were reading and discussing Mein
Kempf (Hitler’s infamous “My Story”. After she returned to UK, she
worked as a professional researcher on the persecution of Rohingyas,
around 2009, she began to discover and share with me what she was
discovering – unspeakable crimes my country’s military was committing
against the Rohingya people. Up until that point, I was as
brain-washed as any average Joe in Burma: I didn’t even know that they
were our own citizens and officially considered our own ethnic
minority – like any other ethnic minority of Burma. So I started to do
my own research, and began to realize what we were doing to the
Rohingya fit the term ‘genocide’. At the personal level, I began ask
myself what if my daughters were tossed into the fire by a powerful
army, or my wife raped and gang-raped, or my old mother shot dead by
the soldiers – simply because they exist in a place that the Burmese
army and the Rakhine did not want them exist. That was an extremely
shocking and personally painful realization: I was such a proud and
patriotic Burmese. I had devoted half of my life to pro-human rights
activism for my country which I loved dearly. I was raised a very
strong nationalist and patriot by my parents. All this patriotism,
rose-view of my country, my Buddhist culture and my own Buddhist
people came down crashing into pieces. I realized as a society, as a
democratic opposition and as a national army we have become as
barbaric, fascist and monstrous as the Nazis.

Le Muslims Post: What is your reaction towards elements of Burmese
society and their role for inciting more hate (e.g. Wirathu). How does
the primer Buddhist of non-violence align with this?

Complete and utter disbelief. This may be a paradox: as someone who
was deeply influenced by Buddhist philosophy in his thoughts and
outlook on life, I became extremely outraged – beyond words – that
these Saffron Robe-men who call themselves ‘monks’ and ‘Buddhists” are
espousing a categorically Fascist ideas and worldview. Buddhists are
not supposed to be consumed by anger. But I was. What these
Nazi-‘monks’ wear on their sleeves is deep ignorance about Islam as a
faith and fear and hatred towards Muslims as human community. There is
absolutely nothing which is Buddhist about these hate-mongers. Their
Saffron robes and shaven heads are taken to be coterminous with
Buddhism. Truth is they are murderous demagogues as bad as Nazi
demagogues who call for openly cleansing Burma of Muslims, by any
means necessary. Wirathu is from my city called Mandalay. He ought to
be tried at ICC and locked up for openly calling for starving the
Muslims of Mandalay as an initial step towards cleansing Burma of
Muslims.

Le Muslims Post: The Burmese government have largely ignored UN
statements in 2014 (citizenship) and 2016. What are the intl'
organizations that are dedicated to the Rohyingya cause and what
precise action needs to be done?

Burma Task Force USA – a coalition of N. American Muslim organizations
– is one. Then there are a worldwide web of Rohingya activists who
have been doing tremendous job of getting the information about the
crimes against humanity out of their old homeland which is closed off
to journalists and researchers – like European Rohingya Council,
Arakan Rohingya National Organization, Burmese Rohingya Organization
United Kingdom, Rohingya Blogger, Rohingya Vision, just to name a few.
Then there are international research organizations and/or activist
networks such as Human Rights Watch, FortifyRights, International
State Crime Initiative at Queen Mary U. of London, and so on that have
made very important contributions to putting Rohingya persecution on
the international map of consciousness. The UN Special Rapporteurs on
the human rights situation in Myanmar over the last 10 years have been
extremely crucial in mobilizing UN opinion. Of course, investigative
journalists as well as photographers from around the world participate
in this loose effort to end Myanmar’s genocide. There is also a quiet
but very important network of Burmese, Rohingya and Rakhine activists
and researchers who collect raw information about genocidal
persecution.

What needs to be done is 1) to establish the fact that the citizenship
act of 1982 has been a tool specially designed for this genocidal
purpose against the Rohingya and build a pressure campaign for Myanmar
government to review and revise it. It’s like Hitler’s Nuremberg Law
that de-Germanize the Jews and stripped them of any rights or
protection.; 2) to get the world community, both peoples and states,
to acknowledge the persecution of the Rohingya by the Burmese state, a
UN member, as the crime of genocide; 3) to get a small coalition of UN
states – for instance, Malaysia, Saudi Arabia, Bangladesh, Turkey, in
collaboration with non-Islamic governments which may be more
principled and compassions – such as Sweden, lead an independent
summit to pressurise the Burmese leadership – both Aung San Suu Kyi
and general Min Aung Hlaing – to end the persecution immediately. You
don’t need the whole world to stop a genocide; you need however a key
powerful state or a coalition of small but still influential states to
get together and build the maximum pressure – diplomatic, political,
cultural, economic – on the Burmese leadership, with serious threats
of punishment for the international crime of genocide.


Le Muslims Post: o you support reverting economic sanctions against
Burma for the sake of imposing new humanitarian grounds?

Yes, I absolutely do. Over 10 years I worked on building an
international boycott campaign against Burma – when Suu Kyi was under
house arrest. Later I argued that isolation and boycott were hurting
the country’s people more than the generals. But I think at this
point, I would support anything – including military intervention –
although such intervention is inconceivable – by a powerful neighbour
to stop the genocide. It’s been going on for almost 40 years. That was
why, I coined the term “the slow burning genocide” as opposed to a
swift one like in Rwanda.

Le Muslims Post: How did/does the rise of China in the region (which
has a bad record with its Muslim minority) affect the treatment of
Rohingyas in the country?

China is implicated as a matter of fact in the latest phases of
persecution, and so is India. Both are already commercially invested
in some of the areas where Rohingyas are being driven out of their
whole neighborhoods -for deep sea port development, Special Economic
Zone project. Etc. The Burmese military brought in both India and
China as its business partners. Over 100,000 Rohingyas lost their
homes, lands and livelihood as the Burmese military made ways for the
Chinese and Indian project.
To me, China is an imperialist power, with absolutely no redeeming
humanistic value. Over 5,000 years of civilization have produced not a
set of universally admirable values or policy for the rest of the
world to admire or model itself after. China’s rise is against the
well-being of the entire humanity, not just against Muslims. Look at
what China – and to a lesser extent – India are doing in Africa or
Latin and Central America: continental resource rape and destruction
of the natural Environment. I know it is NOT good to be too blunt or
too honest. I think European colonialisms of 500 years have resulted
in the sordid state of affairs we have today. And the rise of an Asian
power is actually as bad as the White Man’s serial genocides around
the world. China does NOT even pretend it has any worthy humanistic
value: Beijing’s state capitalists are honey-tongued about ‘harmony
and good neighbourly policies’, but their deeds are driven by
un-fettered greed. China is a new cancer to the word if the olden-day
White Man was a serious mass murderer – for the rest of us who come
from colonized world.

Le Muslims Post: Can you describe the Rohingyas' involvement in local
and central politics?

Today Rohingyas have practically no involvement in local or national
politics. There is a small number of Rohingya activists and Rohingya
elites who try to appeal to the better senses of their Burmese
brothers and sisters, in Rangoon, Sittwe, or in diaspora. But all
their efforts are to no avail. Because they are being ostracized the
way the German Jews were ostracized. They have become the Jews of
Myanmar. Not even Aung San Suu Kyi would touch Rohingya activists and
politicians with a long pole, including those who loved her and
supported her for so long.

Le Muslims Post: Where is Myanmar heading in the age of normalized
relations with the U.S. and the West and the ascendance of new
anti-Islam, conservative voices in the West?

I think Washington, London and Brussels (EU) are finding it difficult
to continue with their collective and concerted spin that Myanmar is a
‘model democratic transition’, with their old darling, the
Oxford-educated and beautiful Oriental woman as a Mandela-like figure.
They are realizing their darling is an anti-Muslim racist who is
“cooperating fully” – by her own admission on Channel News Asia on 8
Dec – with the Burmese army. Even BBC, the mainstream British media,
has broadcast scathing news analyses about the despicable role she is
playing as the genocide whitewasher. Kofi Annan is also playing this
whitewash role in the midst of the credible allegations of Aung San
Suu Kyi’s democratizing Myanmar committing a full-scale genocide. If
the Western players want to fully normalize including normalization of
relations with the Burmese army then the West need to either held end
Burma’s atrocities against Rohingya or they need to drown out the
outcries against the Rohingya genocide.

Yes, there are growing anti-Muslim Fascist voices within the Western
establisments – from London to Paris to Washington. If these Fascist
voices become official power holders such as Le Pen in Paris, then we
are looking at the extremely anti-human Security Council, where all 5
permanent members are either neo-totalitarians or neo-Fascist or
Fascists.

So, the future looks very, very grim for the Rohingya – and Muslims in general.

Le Muslims Post: Should France play a bigger role in Indochina as the
old ruler and provide more economic grant towards the prosperity of
all Burmese "citizens?"

First thing, France needs to stop is promoting this Luxumberg
diplomat-cum-‘expert’ on Rakhine named Jaque Leider. He has been
promoting rubbish about Rohingya NOT being an ethnic group, or
dismissing any credible and expert conclusions about the genocide they
are subject to. Leider is an extremely toxic racist man who couches
his racist views using a neutral scholarly language. The French
Embassy in Rangoon has promoted him to be ‘the sane scholarly voice’
in against the chorus of genocide cries. France on the other hand
seems to want to promote some kind of an accountable and transparent
governance in Burma, given the fact that it has multi-billion dollars
Total national gas operations over the last nearly 20 years.

Le Muslims Post: Can you provide us more information about the 2017
book / other venues for human rights students in Europe to take
interest in the Rohyngya cause.

I am about 4 years behind my book deadline because I have prioritized
doing activism and research on the unfolding genocide. My editors at
Yale University Press have been extremely understanding. I want to
finish the manuscript in the next couple of months – that’s again
moving the deadline as I dropped the writing entirely since Oct 9
violence in Rohingya area. My book intends to de-center the
nation-state and de-center the Bama-centered racist, class-less,
nationalist rubbish presented by Bama and state-centered westerners. I
lived half of my life in the cultural and historical center of Burma
and another half of my life – 25+ years – as an activist
internationally. My family has deep roots in the old feudal palace
traditions, as well as in the Burmese military. I am weaving my own
intimate understanding of the cancerous and destructive Burmese
mainstream politics together with my historical and sociological
scholarship on Burma’s history, politics, society and economy. Most
certainly, one chapter will be devoted to the genocidal racism and the
genocidal deeds that we as "Buddhist" hypocrites and racists have
committed against this particular Muslim community. As a matter of
fact, my own late great uncle was deputy head of the military
administration named Mayu District in the early 1960s. I want to
expose the century-old collective lies,fictions and delusions on which
our racism has come to rest.

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